
{"id":998,"date":"2015-12-20T17:10:15","date_gmt":"2015-12-20T16:10:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sarahroubato.com\/?p=998"},"modified":"2020-05-18T15:38:31","modified_gmt":"2020-05-18T13:38:31","slug":"autochtones","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sarahroubato.com\/es\/analyses\/autochtones\/","title":{"rendered":"Travailler avec les autochtones : la r\u00e9conciliation pas \u00e0 pas"},"content":{"rendered":"<p><em><a href=\"https:\/\/www.paypal.me\/sarahroubatofr\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"><img loading=\"lazy\" class=\" size-medium wp-image-1026 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/mafalda9-300x214.jpg\" alt=\"mafalda9\" width=\"300\" height=\"214\" srcset=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/mafalda9-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/mafalda9-150x107.jpg 150w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/mafalda9.jpg 378w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/em><em>Pris entre l\u2019image du bon sauvage et celle de parasite de la soci\u00e9t\u00e9, les autochtones de l\u2019Am\u00e9rique du Nord doivent se r\u00e9inventer. Gu\u00e9rir leurs blessures, trouver des voies vers l\u2019autonomie, se trouver une identit\u00e9 contemporaine. Ce travail se fait au jour le jour avec des allochtones qui ont fait le choix de vivre en permanence sur les r\u00e9serves. Portraits crois\u00e9s de ces ouvriers de la r\u00e9conciliation, \u00e0 Wemotaci, r\u00e9serve Atikamewk du Qu\u00e9bec.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Il y a des pays qui n\u2019ont besoin ni de barbel\u00e9s ni de murs pour maintenir une population \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Ce pays est grand comme quatorze fois la France et ses territoires d\u2019outre-mer, et deux fois moins peupl\u00e9. Il y aurait assez de place pour tout le monde, semble-t-il. Pourtant, au Canada, une population vit \u00e0 part, sur des territoires morcel\u00e9s<em>, <\/em>les r\u00e9serves. Ce sont ses premiers habitants, les autochtones. Parmi eux, les Am\u00e9rindiens regroupant cinquante Nations, les Inuits et les M\u00e9tis.<\/p>\n<p>Moins de la moiti\u00e9 des 1.4 millions de personnes se d\u00e9clarant autochtones vit sur des r\u00e9serves, la majorit\u00e9 ayant fait le choix de vivre en ville<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref\">[i]<\/a>. Aujourd\u2019hui, les autochtones doivent s\u2019inventer une nouvelle mani\u00e8re d\u2019exister dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne sans renier leur culture.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les autochtones doivent rester dans un statut de tutelle et \u00eatre trait\u00e9s comme des pupilles ou enfants de l&#8217;\u00c9tat\u00a0\u00bb. Cette phrase est issue du rapport du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur de 1876 apr\u00e8s la cr\u00e9ation de la Loi sur les Indiens<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref\">[ii]<\/a>, encore en vigueur aujourd\u2019hui. Malgr\u00e9 ses nombreux amendements<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref\">[iii]<\/a>, cette loi continue \u00e0 faire des autochtones des citoyens de seconde zone, qui ne peuvent pas avoir recours \u00e0 l\u2019emprunt bancaire et dont les droits \u00e0 commercer en dehors de la r\u00e9serve sont limit\u00e9s. Ils sont exempts de payer des imp\u00f4ts et b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019aides gouvernementales.<\/p>\n<p>Par voie de trait\u00e9s, certaines communaut\u00e9s ont obtenu plus d\u2019autonomie, tout en restant sous contr\u00f4le f\u00e9d\u00e9ral et d\u00e9pendant toujours du Minist\u00e8re des Affaires Autochtones et du D\u00e9veloppement du Nord du Canada. L\u2019\u00c9tat conserve ainsi un droit de v\u00e9to sur les d\u00e9cisions prises par les conseils de bande ou les conseils de communaut\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Wemotaci\u00a0: la gu\u00e9rison au jour le jour<\/strong><\/p>\n<p>Depuis une heure, \u00e7a n\u2019en finit pas. Derri\u00e8re la vitre de la voiture, des arbres, toujours des arbres. D\u2019un coup, les mots \u00ab\u00a0immensit\u00e9\u00a0\u00bb ,\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 perte de vue\u00a0\u00bb deviennent r\u00e9els, s\u2019inscrivent dans le corps. On roule depuis six heures, avec devant les yeux, la m\u00eame image d\u2019immenses r\u00e9sineux, pins, \u00e9pinettes, sapins, thuyas. C\u2019est \u00e7a, le Canada, avec sa for\u00eat bor\u00e9ale qui fait r\u00e9guli\u00e8rement la une de magazines de voyages. Cent quinze kilom\u00e8tres de piste depuis la ville de la Tuque. C\u2019est le d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 indien. La poussi\u00e8re colle aux vitres de la voiture. On doit garder les vitres ferm\u00e9es.<\/p>\n<p>Tiens, un autre\u2026 il faut bloquer l\u2019entr\u00e9e d\u2019air. Le camion nous d\u00e9passe. Les immenses troncs d\u2019arbres apparaissent, \u00e0 l\u2019horizontale cette fois. Le camion disparait dans un nuage de poussi\u00e8re. Un autre camion sort d\u2019un chemin forestier, une art\u00e8re qui laisse entrevoir que le d\u00e9fil\u00e9 d\u2019arbres le long de la route n\u2019est qu\u2019un rideau. Derri\u00e8re, c\u2019est la coupe \u00e0 blanc. Le Canada d\u00e9tient le triste record du pays o\u00f9 l\u2019on coupe le plus d\u2019arbres, devant la Russie et le Br\u00e9sil. Il est responsable de la perte de 20% de la for\u00eat \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire.<\/p>\n<p>Au bout du pont, enfin, la r\u00e9serve am\u00e9rindienne de Wemotaci, o\u00f9 va avoir lieu pendant deux jours le Pow Wow annuel, une f\u00eate qui permet aux autochtones de s\u2019enraciner \u00e0 nouveau dans leur culture et leur territoire, eux coup\u00e9s \u00e0 blanc depuis quatre si\u00e8cles. Ici aussi, une triste r\u00e9alit\u00e9 se cache derri\u00e8re le rideau des maisons align\u00e9es le long de la route. Une r\u00e9alit\u00e9 partag\u00e9e par toutes les communaut\u00e9s autochtones du Canada : alcoolisme, violence familiale, toxicomanie, prostitution infantile, inceste. Les habitations sont le plus souvent surpeupl\u00e9es, un couple vivant avec ses enfants, ses parents, ses fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1000\" aria-describedby=\"caption-attachment-1000\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/jacques.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1000 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/jacques-300x225.jpg\" alt=\"jacques\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/jacques-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/jacques-150x113.jpg 150w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/jacques-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/jacques.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1000\" class=\"wp-caption-text\">Jacques Newashish peignant une toile sur le site de l&#8217;ancien village de Wemotaci<\/figcaption><\/figure>\n<p>Wemotaci est l\u2019une des trois r\u00e9serves de la Nation Atikamekw, l\u2019une des onze Nations am\u00e9rindiennes du Qu\u00e9bec. Cette r\u00e9serve de trente-deux kilom\u00e8tres carr\u00e9s se situe \u00e0 quatre cents kilom\u00e8tres au nord de Montr\u00e9al, au Qu\u00e9bec. Enfin pas tout \u00e0 fait&#8230; Les r\u00e9serves am\u00e9rindiennes sont territoire f\u00e9d\u00e9ral. Nous sommes donc officiellement au Canada, mais dans aucune province en particulier.<\/p>\n<p>Ici pas de passage pi\u00e9ton, tout le monde circule en voiture. Le panneau de circulation ARR\u00caT est doubl\u00e9 du mot atikamekw NAKAPARI. C\u2019est la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi. Des groupes de jeunes reviennent de l\u2019\u00e9cole, iphone dans la main. Les gar\u00e7ons sont habill\u00e9s en tenue de sport, les filles portent des v\u00eatements serr\u00e9s. D\u2019autres groupes sortent de la seule \u00e9picerie du village en faisant claquer le sac de chips et pchitter la canette de soda. Dans un coin, des silhouettes d\u2019hommes courb\u00e9s assis dans la poussi\u00e8re, une canette de bi\u00e8re \u00e0 la main. Pas de femmes, pas de promenade familiale. Il y a quelque chose de diff\u00e9rent, comme un ciel un peu plus bas qu\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>La voiture me laisse. Je dois me rendre sur le site de l\u2019ancienne r\u00e9serve, o\u00f9 se tiendra le Pow Wow annuel. Une voiture me prend en stop. C\u2019est un couple atikamekw. Je m\u2019assois pr\u00e8s de leur enfant de huit ans qui tend \u00e0 sa m\u00e8re sa canette vide de Pepsi et en ouvre une autre. Je leur demande o\u00f9 ils vivent. Ils me racontent sans complexe \u00eatre all\u00e9s vivre en ville pour se soigner de l\u2019alcool et de la toxicomanie. La femme a fait trois fausses couches. Aujourd\u2019hui l\u2019homme est \u00e0 la recherche d\u2019un emploi, car, dit-il\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai pas fait tout \u00e7a pour d\u00e9pendre de l\u2019\u00c9tat. Je veux travailler\u00a0\u00bb. Tout ceci a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ball\u00e9 en moins de dix minutes. Je suis \u00e9tonn\u00e9e de la facilit\u00e9 avec laquelle ils abordent ces sujets sensibles.<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse, je la trouverai au bout de mon s\u00e9jour. C\u2019est qu\u2019au village, la gu\u00e9rison a commenc\u00e9, et que les gens sont fiers de dire qu\u2019ils sont en processus de gu\u00e9rison. La maison des jeunes en est l\u2019un des principaux organes. Mise sur pied il y a dix ans, elle est g\u00e9r\u00e9e depuis un an par Clode Jalette. Une blanche aux yeux p\u00e9tillants, avec un voile dans la gorge, qui en impose par son charisme et son \u00e9nergie. Clode bouscule, tout en respectant. \u00ab\u00a0Ici le temps est diff\u00e9rent. Par exemple, les Atikamekws n\u2019ont pas l\u2019habitude de r\u00e9pondre tout de suite \u00e0 une question. Le rythme de leur langue est plus lent, ils respectent beaucoup les mots. Certains croient qu&#8217;ils ne comprennent pas ce qu&#8217;on leur dit. Pas du tout. Ils vivent juste dans leur temps, et il faut le respecter. Parfois c\u2019est difficile, pour planifier les activit\u00e9s de la maison des jeunes par exemple. Il faut toujours trouver le bon \u00e9quilibre. C\u2019est vraiment un \u00e9change interculturel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<figure id=\"attachment_1001\" aria-describedby=\"caption-attachment-1001\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/clode.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1001 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/clode-300x225.jpg\" alt=\"clode\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/clode-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/clode-150x113.jpg 150w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/clode-600x450.jpg 600w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/clode.jpg 960w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1001\" class=\"wp-caption-text\">Clode Jalette, coordinatrice de la Maison des Jeunes de Wemotaci<\/figcaption><\/figure>\n<p>Comme les enseignants et les intervenants sociaux, Clode n\u00e9gocie en permanence l\u2019\u00e9quilibre entre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un changement et celle de garder un lien avec les traditions culturelles. Derri\u00e8re la maison des jeunes, elle a cr\u00e9\u00e9 un jardin communautaire pour initier les adolescents \u00e0 manger des l\u00e9gumes. Car dans l\u2019unique \u00e9picerie du village, le rayon l\u00e9gumes est minuscule et les l\u00e9gumes sont vendus tr\u00e8s chers, contrairement aux sacs de chips, friandises, pizzas congel\u00e9es et autres d\u00e9lices nord-am\u00e9ricains. Le taux d\u2019ob\u00e9sit\u00e9 et de maladies cardio-vasculaires parmi les autochtones est particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9, touchant un tiers de la population vivant dans les r\u00e9serves<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref\">[iv]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 Clode, trois artistes autochtones de renomm\u00e9e mondiale viendront aider les jeunes \u00e0 r\u00e9aliser une fresque murale et des totems repr\u00e9sentant leur attachement aux symboles traditionnels de leur culture. \u00ab\u00a0Peu importe ce qu\u2019on fait, ce qui est essentiel, c\u2019est de travailler en jumelage. Tu ne peux pas d\u00e9barquer ici, faire le Blanc qui va sauver les autochtones, et repartir. Il faut travailler avec eux\u00a0\u00bb. Clode a form\u00e9 une jeune Atikamewk du village qui travaille \u00e0 la maison des jeunes et qui reprendra le flambeau bient\u00f4t. Aujourd\u2019hui, une vingtaine de jeunes filles originaires de la r\u00e9serve sont form\u00e9es en \u00e9ducation \u00e0 l\u2019enfance. Elles sont employ\u00e9es sur la r\u00e9serve et dans des villes.<\/p>\n<p>Wemotaci est aussi pionnier dans la cr\u00e9ation du Service d\u2019Intervention d\u2019Autorit\u00e9 Atikamekw, une instance qui se penche sur les situations o\u00f9 la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019enfant est compromise. C\u2019est ici que Clode a fait ses d\u00e9buts \u00e0 la r\u00e9serve. Le SIAA travaille en collaboration avec le Conseil de Famille et le Conseil des Sages. C\u2019est \u00e0 ce niveau local que 90% des situations sont r\u00e9gl\u00e9es.<\/p>\n<p>En revenant du site de l\u2019ancienne r\u00e9serve, je cherche <a href=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/emissionradio\/helene-collin\/\">H\u00e9l\u00e8ne Collin<\/a>, r\u00e9alisatrice belge, qui fr\u00e9quente la r\u00e9serve depuis un an. Je la retrouve dans la cuisine de l\u2019\u00e9cole, en train de montrer \u00e0 un jeune ce qu\u2019est le kale, un chou fris\u00e9, avec lequel elle va faire des chips. H\u00e9l\u00e8ne a bien compris que c\u2019est par les petits gestes que se fera le changement. Elle a lanc\u00e9 un projet de jumelage avec la ville de Namur, en Belgique.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9cole, les enseignants aussi notent un changement\u00a0: \u00ab\u00a0Dans ma classe, les jeunes veulent \u00eatre m\u00e9decins, ing\u00e9nieurs, chercheurs. Ils ont de grandes ambitions\u00a0\u00bb, confie Najat, professeur de math\u00e9matiques d\u2019origine tunisienne. \u00ab\u00a0Un tiers des enfants fr\u00e9quente l\u2019\u00e9cole, ce qui est un bon taux pour une r\u00e9serve.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Si l\u2019autogestion des autochtones progresse, elle entre aussi en contradiction avec la <em>Loi sur les Indiens<\/em> qui repose sur l\u2019infantilisation des autochtones. Clode conna\u00eet les limites que cette loi impose : \u00ab\u00a0On travaille \u00e0 tous les niveaux, mais il manque encore un maillon. Le conseil de bande, celui qui a les sous.\u00a0\u00bb. Le conseil de bande, \u00e9lu par les communaut\u00e9s, est form\u00e9 de fonctionnaires qui appliquent les directives du minist\u00e8re. \u00c0 terme, le Canada aura \u00e0 g\u00e9rer la contradiction entre la r\u00e9alit\u00e9 du terrain et le maintien de lois et de statuts h\u00e9rit\u00e9s du XIXe si\u00e8cle qui assujettissent les autochtones.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong> Entre m\u00e9moire et renouveau\u00a0: le combat d\u2019un peuple<\/strong><\/p>\n<p>Les autochtones sont \u00e0 un moment charni\u00e8re de leur histoire. La s\u00e9dentarisation des Atikamekws a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s tardive. \u00c0 Wemotaci, c\u2019est en 1972 que les habitants ont d\u00e9finitivement quitt\u00e9 leur mode de vie semi-nomade, pour venir vivre au village. Alors que dans d\u2019autres nations autochtones, la m\u00e9moire de ce mode de vie a disparu, chez les Atikamekws, deux g\u00e9n\u00e9rations la partagent encore. Jacques Newashish, artiste natif de la r\u00e9serve, se souvient\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai grandi dans un tipi, on campait ici, tout autour. On vivait de la chasse et de la cueillette. Je ne me souviens pas avoir eu froid, avoir \u00e9t\u00e9 dans la mis\u00e8re. On vivait tous ensemble, avec les grands-parents et la famille \u00e9largie. Notre aire de jeu, c\u2019\u00e9tait la for\u00eat. On s\u2019entraidait aussi. Si quelqu\u2019un manquait de nourriture ou de peaux, on allait lui en donner.\u00a0\u00bb Jacques est l\u2019une des figures marquantes de sa communaut\u00e9. Arrach\u00e9 \u00e0 sa famille pour \u00eatre envoy\u00e9 dans un pensionnat \u00e0 l\u2019\u00e2ge de six ans, c\u2019est dans la peinture qu\u2019il cherche la paix. Il n\u00e9gocie le difficile passage entre deux modes de vie, peignant des \u0153uvres contemporaines \u00e0 l\u2019acrylique qui transmettent des \u00e9l\u00e9ments fondateurs de sa culture.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9ration de Jacques a subi de plein fouet les derniers assauts de la politique d\u2019assimilation du Canada : s\u00e9dentarisation massive, discrimination faisant perdre aux femmes ayant \u00e9pous\u00e9 un Blanc leur statut d\u2019autochtone, non reconnaissance des M\u00e9tis, conversion au catholicisme. Les enfants envoy\u00e9s dans les pensionnats ont subi, en plus de l\u2019interdiction de parler leur langue, des s\u00e9vices sexuels et des violences. Aujourd\u2019hui, beaucoup de ceux qui ont connu les pensionnats retournent contre eux-m\u00eames et contre leurs enfants une violence qui n\u2019est pas encore apais\u00e9e.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1002\" aria-describedby=\"caption-attachment-1002\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemotaci.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1002 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemotaci-300x218.jpg\" alt=\"wemotaci\" width=\"300\" height=\"218\" srcset=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemotaci-300x218.jpg 300w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemotaci-150x109.jpg 150w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemotaci-600x435.jpg 600w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemotaci.jpg 620w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1002\" class=\"wp-caption-text\">Pensionnats catholiques, archives de la Nation Atikamekw<\/figcaption><\/figure>\n<p>En juin dernier, apr\u00e8s six ans de recherche et de r\u00e9colte de t\u00e9moignages, la Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation du Canada a remis son rapport final, qualifiant de g\u00e9nocide culturel les s\u00e9vices subis par les autochtones de 1890 \u00e0 1996 dans les pensionnats catholiques<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref\">[v]<\/a>.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration doit se construire entre l\u2019h\u00e9ritage douloureux du g\u00e9nocide culturel v\u00e9cu par leurs ain\u00e9s, la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server la m\u00e9moire et les savoirs ancestraux, et celle de s\u2019inventer une mani\u00e8re de vivre dans le monde des nouvelles technologies et des r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n<p>Le premier soir du Pow Wow, sur le site de l\u2019ancienne r\u00e9serve, je rencontre Makouli, un gar\u00e7on de treize ans qui vit \u00e0 Obedjiwan, une autre r\u00e9serve Atikamekw. Makouli regarde souvent le ciel. Il cherche une \u00e9toile filante. Je lui demande ce qu\u2019il ferait comme v\u0153u s\u2019il en voyait une\u00a0: \u00ab\u00a0Je demanderai \u00e0 revoir mon grand-p\u00e8re\u00a0\u00bb. Son grand-p\u00e8re est pr\u00e9sent dans tout ce que Makouli raconte. Plus tard il veut devenir chirurgien, pour pouvoir remplacer les organes malades, car son grand-p\u00e8re est mort d\u2019un cancer des poumons. Makouli raconte la fiert\u00e9 que ressentait son grand-p\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard: \u00ab\u00a0J\u2019ai tu\u00e9 mon premier orignal quand j\u2019avais dix ans. J\u2019\u00e9tais parti avec mon p\u00e8re, j\u2019avais tellement peur, je tremblais en tenant le fusil. Puis j\u2019ai tir\u00e9. Mon p\u00e8re m\u2019a dit que c\u2019\u00e9tait \u00e0 moi de le d\u00e9pecer car c\u2019\u00e9tait mon orignal. Je n\u2019avais jamais fait \u00e7a, \u00e7a sentait fort, je croyais que j\u2019allais m\u2019\u00e9vanouir. On est rentr\u00e9s \u00e0 trois heures du matin. Mon grand-p\u00e8re m\u2019a dit qu\u2019il n\u2019avait jamais vu un enfant de dix ans tuer un orignal. Avant de mourir il m\u2019a dit qu\u2019un jour, je serai gardien du territoire. Je sais que je devrai aller en ville pour devenir m\u00e9decin, mais je reviendrai pour d\u00e9fendre mon territoire. Je ne le laisserai jamais aux compagnies foresti\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Autochtones \/ Allochtones\u00a0: au-del\u00e0 des cat\u00e9gories <\/strong><\/p>\n<p>Dans le combat quotidien que m\u00e8nent intervenants sociaux, artistes, professeurs, policiers, pas le temps pour l\u2019id\u00e9ologie. Si certains sont venus avec quelques clich\u00e9s en t\u00eate, une fois sur place et dans l\u2019urgence du quotidien, le mythe s\u2019efface pour laisser place \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 les cat\u00e9gories explosent. Chacun est dans l\u2019urgence\u00a0de la survie et d\u2019un \u00e9quilibre \u00e0 r\u00e9tablir.<\/p>\n<p>Au Pow Wow, les touristes assistent aux danses impressionnantes des hommes des onze nations. Chacun porte la coiffe propre \u00e0 son peuple. Ils imitent la danse de l\u2019oiseau, les pieds frappent le sol et remuent la poussi\u00e8re, les corps dessinent des courbes au rythme des tambours. La danse devient fr\u00e9n\u00e9tique. Ce sont les jeunes qui chantent. Apr\u00e8s cette d\u00e9monstration, le chef de c\u00e9r\u00e9monie annonce au micro\u00a0: \u00ab\u00a0Allez-y, venez danser, c\u2019est le moment !\u00a0\u00bb Le Pow Wow alterne entre danses sacr\u00e9es et danses ouvertes \u00e0 tous. Un Blanc s\u2019avance, portant un bandana noir. Il prend les mouvements des autochtones, et entre rapidement dans une danse fr\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Cet homme, c\u2019est Mathieu Montminy, intervenant psychosocial. Ce fils de cultivateur qu\u00e9b\u00e9cois a l\u2019air chez lui sur cette r\u00e9serve o\u00f9 il n\u2019\u00e9tait pourtant jamais venu. Mathieu a v\u00e9cu dans les neuf r\u00e9gions du Qu\u00e9bec, parmi les autochtones et les Qu\u00e9b\u00e9cois. Il a travaill\u00e9 avec les Inuits pour les aider \u00e0 \u00e9tablir les bases de leur autogestion. Les Inuits sont un peuple autochtone issu d\u2019une autre migration que celle des Am\u00e9rindiens. Ils ont leur propre r\u00e9gion autog\u00e9r\u00e9e, le Nunavik. Dans son travail, Mathieu se bat pour d\u00e9construire les clich\u00e9s de part et d\u2019autre. \u00ab\u00a0Quand on me demande De quoi ils ont besoin les autochtones ? Je r\u00e9ponds toujours\u00a0: Allez leur demander, ils le savent mieux que personne ! Souvent les autochtones m\u2019ont demand\u00e9 pourquoi ils ont un probl\u00e8me avec l\u2019alcool. Ils ont int\u00e9gr\u00e9 les id\u00e9es re\u00e7ues comme quoi les am\u00e9rindiens auraient naturellement un penchant pour l\u2019alcool. Je leur explique que si on prenait une population de Blancs, qu\u2019on leur enl\u00e8ve leur territoire, leur mode de vie, leur langue, leur religion, et qu\u2019ils ont acc\u00e8s \u00e0 de l\u2019alcool ou \u00e0 des drogues, on les retrouverait dans le m\u00eame \u00e9tat.<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref\">[vi]<\/a>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mathieu veut d\u00e9faire l\u2019opposition entre allochtones et autochtones\u00a0: \u00ab\u00a0Je dis souvent aux autochtones\u00a0: allez voir dans les petits villages qu\u00e9b\u00e9cois qui sont en train de disparaitre, vous verrez des gens qui comme vous se battent pour la pr\u00e9servation de leur territoire et de leur mode de vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1003\" aria-describedby=\"caption-attachment-1003\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-13-\u00e0-09.30.111.png\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1003 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-13-\u00e0-09.30.111-300x85.png\" alt=\"Capture d\u2019\u00e9cran 2015-12-13 \u00e0 09.30.11\" width=\"300\" height=\"85\" srcset=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-13-\u00e0-09.30.111-300x85.png 300w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-13-\u00e0-09.30.111-150x43.png 150w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-13-\u00e0-09.30.111-1024x292.png 1024w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-13-\u00e0-09.30.111-600x171.png 600w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-13-\u00e0-09.30.111.png 1043w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1003\" class=\"wp-caption-text\">Patrick et ses coll\u00e8gues dans un canoe qu&#8217;ils ont construit eux-m\u00eames. desforetsetdesgens.com<\/figcaption><\/figure>\n<p>Derri\u00e8re la piste de danse, un attroupement d\u2019enfants s\u2019est fait sur l\u2019herbe. Assis en tailleur, un jeune homme fabrique des cerfs en tiges de cornouiller. Les enfants se servent. \u00c0 chaque fois qu\u2019il se rend sur une r\u00e9serve, Patrick Gravel ne peut pas s\u2019emp\u00eacher d\u2019offrir quelque chose. Avec les b\u00e9n\u00e9voles de la coop\u00e9rative<em> Des for\u00eats et des gens<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref\">[vii]<\/a><\/em>, Patrick recr\u00e9e des jardins botaniques de la flore indig\u00e8ne et organise des s\u00e9jours de survie en for\u00eat. Allochtones et autochtones partagent des connaissances pour vivre harmonieusement avec la nature et pr\u00e9server la biodiversit\u00e9. Patrick n\u2019approche pas les autochtones pour les aider, mais pour apprendre d\u2019eux, et pour g\u00e9rer ensemble un territoire qu\u2019il consid\u00e8re comme commun.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les gens des Premi\u00e8res Nations ont des cultures tr\u00e8s riches et m\u00e9connues. Nous avons beaucoup \u00e0 apprendre d&#8217;eux. Les savoir-faire ancestraux que les ain\u00e9s partagent nous aident \u00e0 d\u00e9velopper des relations avec de nombreuses esp\u00e8ces dans l&#8217;\u00e9cosyst\u00e8me. Les agents forestiers ne connaissent pas la richesse de la faune et de la flore des for\u00eats. Ils n\u2019ont pas le temps pour \u00e7a.\u00a0\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La curiosit\u00e9 et le regard de Patrick sont des moteurs puissants de changement\u00a0: cet \u00e9t\u00e9, il est parti pendant trois semaines vivre au c\u0153ur de la Montagne Noire, sur le territoire des Algonquins de la r\u00e9serve de Kichisakik, en Abitibi. Seulement ce n\u2019est pas aupr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 qui g\u00e8re les \u00e9tablissement en plein air, la SEPAQ, que Patrick est all\u00e9 chercher les autorisations. C\u2019est aupr\u00e8s des populations autochtones qui revendiquent ce territoire. Il s\u2019est rendu aupr\u00e8s des chefs de communaut\u00e9s avec du castor et du tabac en offrande. Devant eux, il a reconnu le g\u00e9nocide, les horreurs des pensionnats, et leur a demand\u00e9 l\u2019autorisation d\u2019aller camper pendant trois semaines sur leur territoire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si on reconna\u00eet que les autochtones n\u2019ont jamais l\u00e9gu\u00e9 leur territoire, il est normal, lorsqu\u2019on leur parle d\u2019utiliser ou m\u00eame de prot\u00e9ger ce territoire, d\u2019entamer un dialogue et de prendre des d\u00e9cisions avec eux. Je crois que la reconnaissance doit se faire du bas vers le haut. Reconnaitre l\u2019histoire, c\u2019est le premier pas vers la gu\u00e9rison. C\u2019est de la responsabilit\u00e9 de chacun, et c\u2019est cela qui fera tomber les pr\u00e9jug\u00e9s, de part et d\u2019autre. Au d\u00e9but les Algonquins n\u2019y croyaient pas, ils me prenaient pour un agent du gouvernement. J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s frustr\u00e9, j\u2019en ai pleur\u00e9. Ils m\u2019ont dit qu\u2019ils allaient r\u00e9fl\u00e9chir. Quelques jours plus tard, ils m\u2019ont convoqu\u00e9s et ils ont accept\u00e9s. La confiance, \u00e7a prend du temps.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lors de ce s\u00e9jour, un jeune algonquin d\u2019une maison d\u2019accueil les a rejoint. Patrick raconte\u00a0: \u00ab\u00a0Ce jeune Algonquin est parti avec nous. Au d\u00e9but, il me disait qu\u2019il avait honte d\u2019\u00eatre autochtone. Au bout de cinq jours, en red\u00e9couvrant le territoire et le savoir de ses ain\u00e9s, il m\u2019a dit qu\u2019il \u00e9tait fier\u00a0\u00bb. Aujourd\u2019hui, les Algonquins demandent \u00e0 Patrick d\u2019\u00eatre l\u2019interm\u00e9diaire dans leur conflit avec les compagnies foresti\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>L\u2019indien, toujours source de fantasmes<\/strong><\/p>\n<p>Sur leur cheveux, pas de plume. Pas de tunique en cuir. Pas de peinture faciale. Ils portent des jeans, des t-shirts et des casquettes de sport. Ils mangent principalement des burgers, des patates et chips. Ils roulent en voiture et ont tous des iphones. Certains hommes travaillent pour les compagnies foresti\u00e8res. On est loin de l\u2019image d\u2019\u00c9pinal encore v\u00e9hicul\u00e9e en Europe de l\u2019indien proche de la nature. Loin aussi de l\u2019image d\u00e9gradante largement r\u00e9pandue au Canada comme aux USA\u00a0: les autochtones sont des assist\u00e9s sociaux alcooliques et d\u00e9linquants. Pris entre l\u2019image folkloris\u00e9e du bon sauvage et celle du parasite de la soci\u00e9t\u00e9, les autochtones n\u2019ont pas fini d\u2019\u00eatre sources de fantasmes et de peurs.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1008\" aria-describedby=\"caption-attachment-1008\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemo2.jpg\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1008 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemo2-300x225.jpg\" alt=\" \" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemo2-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemo2-150x113.jpg 150w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/wemo2.jpg 480w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1008\" class=\"wp-caption-text\">Les chanteurs du groupe Northern Legends. www.northernlegends.org<\/figcaption><\/figure>\n<p>Deux jours avant le Pow Wow, un groupe d\u2019\u00e9cologistes d\u00e9barque \u00e0 Wemotaci. Ils ont pr\u00e9vu de faire un grand \u00e9v\u00e8nement rassemblant autochtones et \u00e9cologistes pour cr\u00e9er un front commun de protection de la biodiversit\u00e9. Le groupe se r\u00e9unit dans la grande salle du centre communautaire. Clode encourage les jeunes \u00e0 assister \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9union. Les chaises sont dispos\u00e9es en cercle, comme le veut la coutume am\u00e9rindienne. En guise de c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture, des jeunes de la communaut\u00e9, qui ont cr\u00e9\u00e9 leur propre groupe,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.northernvoicesingers.com\">Northern Voice<\/a>, entonnent un chant traditionnel autour d\u2019un gros tambour. Les cris stridents qui sont faits pour r\u00e9sonner dans les collines rebondissent dans tous les coins de la salle, plusieurs se bouchent les oreilles. Sit\u00f4t la musique termin\u00e9e, tous les jeunes partent. Il ne reste dans la salle que le groupe d\u2019\u00e9cologistes, et un autochtone de la communaut\u00e9, Charles Coocoo, le philosophe de Wemotaci.<\/p>\n<p>Charles prend la parole. Il la gardera pendant pr\u00e8s d\u2019une heure. Il raconte un mythe am\u00e9rindien, et la pratique ancestrale d\u2019enterrer le placenta de la femme accouch\u00e9e. \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019\u00e9cologie profonde, qui est enracin\u00e9e dans notre tradition\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 la fatigue de la longue route, les \u00e9cologistes \u00e9coutent avec d\u00e9votion. La Terre M\u00e8re est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par la voix du Sage Indien.<\/p>\n<p>Au village, certains habitants ont vu des affiches, mais n\u2019ont pas compris de quoi il s\u2019agissait. On s\u2019interroge\u00a0: un front commun annonc\u00e9 sans les avoir consult\u00e9s ? Les organisateurs ne semblent pas avoir averti la radio locale ni ceux qui travaillent au quotidien sur le terrain avec les autochtones. Au programme\u00a0du groupe : tente de sudation, pow wow, r\u00e9unions et pri\u00e8res en cercle.<\/p>\n<p>De retour \u00e0 Montr\u00e9al, un texte exprimant l\u2019esprit de la rencontre est publi\u00e9 sur la page du groupe\u00a0:<\/p>\n<figure id=\"attachment_1004\" aria-describedby=\"caption-attachment-1004\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-20-\u00e0-18.05.01.png\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-1004 size-medium\" src=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-20-\u00e0-18.05.01-300x234.png\" alt=\"http:\/\/amerindien.e-monsite.com\/pages\/sagesse-amerindienne.html\" width=\"300\" height=\"234\" srcset=\"https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-20-\u00e0-18.05.01-300x234.png 300w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-20-\u00e0-18.05.01-150x117.png 150w, https:\/\/www.sarahroubato.com\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/Capture-d\u2019\u00e9cran-2015-12-20-\u00e0-18.05.01.png 391w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-1004\" class=\"wp-caption-text\">http:\/\/amerindien.e-monsite.com\/pages\/sagesse-amerindienne.html<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00abLes gens que j&#8217;ai rencontr\u00e9 \u00e0 Wemotaci ne parlent pas le m\u00eame langage que nous, que vous&#8230; Ils parlent le langage de la compassion, de l&#8217;entraide, de la non-performance, de la sensibilit\u00e9, de l&#8217;amour et de l&#8217;harmonie avec la Terre-m\u00e8re. Ils parlent un langage sinc\u00e8re, authentique, \u00e9motif. Ils parlent le langage de la communaut\u00e9 et non de l&#8217;individualisme, ils savent que travailler seul rend faible et qu&#8217;il faut travailler ensemble. Ils portent de belles plumes, mais ils ne portent pas de masques, eux. Mais surtout, ils parlent un langage d&#8217;\u00e9quit\u00e9, un langage non-hi\u00e9rarchique, il n&#8217;y a pas de chef ! Ils appliquent une d\u00e9mocratie directe dans leurs d\u00e9cisions.\u00bb<\/p>\n<p>Le mythe du bon sauvage h\u00e9rit\u00e9 de Rousseau, Montaigne, Jacques Cartier ou encore Benjamin Franklin est r\u00e9activ\u00e9. La diversit\u00e9 des cultures autochtones est effac\u00e9e, au profit d\u2019un seul type, construit en opposition \u00e0 l\u2019homme occidental, et comme sa figure id\u00e9alis\u00e9e\u00a0: \u00e9galitaire, d\u00e9mocratique, harmonieux, collectiviste, proche de la nature. Marie-Pierre Bousquet, sp\u00e9cialiste des Am\u00e9rindiens Algonquins du Canada, a pass\u00e9 des ann\u00e9es sur des r\u00e9serves du Qu\u00e9bec. Elle a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin des st\u00e9r\u00e9otypes que beaucoup d\u2019allochtones v\u00e9hiculent : \u00ab\u00a0Ils pensent en cercle, ils ont une pens\u00e9e holistique, ils ont l\u2019esprit communautaire, ils ne sont pas individualistes, ils ont une conception cyclique du temps, ils sont proches de la nature, ils ont une intense vie spirituelle, ils sont sages\u2026 Chacun de ces st\u00e9r\u00e9otypes r\u00e9duit \u00e0 une dimension tr\u00e8s simplifi\u00e9e, donc simpliste, des cultures et des fa\u00e7ons de voir le monde complexes<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref\">[viii]<\/a>\u00a0\u00bb Pour l\u2019anthropologue, c\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui d\u00e9passe les Am\u00e9rindiens\u00a0: \u00ab\u00a0toujours, l\u2019Autre sera en harmonie avec la nature ou intens\u00e9ment spirituel. De fait, les Am\u00e9rindiens sont des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 id\u00e9ologie \u00e9galitaires, mais il y a toujours des hi\u00e9rarchies sociales, de prestige, de pouvoir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les st\u00e9r\u00e9otypes sur les autochtones ont encore de beaux jours devant eux. La repr\u00e9sentation des am\u00e9rindiens du XIXe si\u00e8cle domine encore dans les m\u00e9dias, les dessins anim\u00e9s et sur internet. Par l\u2019image, on les exclut \u00e0 nouveau de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine. Alors, ils commencent \u00e0 cr\u00e9er leurs propres sites internet, o\u00f9 ils se montrent avec des casquettes et des jeans, cr\u00e9ant des designs modernes sur leurs t-shirts, animant des \u00e9missions de radio, faisant des self-vid\u00e9os.<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref\">[ix]<\/a><\/p>\n<p>Mais ce qui maintient surtout ces st\u00e9r\u00e9otypes en vie, c\u2019est d\u00e9senchantement de nombreux Occidentaux envers leur propre culture. Alors nait le besoin de trouver un Autre id\u00e9al, qui nous sauvera. Au Canada, le n\u00e9olib\u00e9ralisme est particuli\u00e8rement brutal. Le pillage des ressources \u2013 bois, hydrocarbures, eau \u2013 est proportionnel \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 des paysages qui font encore chaque ann\u00e9e la une des revues de voyage fran\u00e7aises. Au Qu\u00e9bec, la g\u00e9n\u00e9ration du mouvement \u00e9rable de 2012, du mouvement Occupy et de Idle No More<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref\">[x]<\/a>, cherche une alternative. Parmi eux, certains trouvent dans la culture am\u00e9rindienne une r\u00e9ponse spirituelle. La parole, les symboles et le folklore de l\u2019am\u00e9rindien est pris en dehors de tout contexte historique. Comme si l\u2019homme rouge, lui non plus,\u00a0 \u00ab\u00a0n\u2019\u00e9tait pas encore entr\u00e9 dans l\u2019Histoire\u00a0\u00bb. Se consid\u00e9rant comme descendants des colons, ces militants viennent aussi chercher un pardon pour ce que l\u2019Homme Blanc a fait.<\/p>\n<p>Vincent Dostaler, l\u2019un des organisateurs du forum, d\u00e9fend son lien aux traditionalistes\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne travaille qu\u2019avec les traditionalistes. Jamais avec ceux qui travaillent pour les compagnies foresti\u00e8res. Les esprits mettent des embuches pour trier les faibles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le dernier jour de r\u00e9union, Vincent fait une annonce\u00a0: \u00ab\u00a0Certains ont pu se demander pourquoi il n\u2019y avait pas autant d\u2019autochtones qu\u2019on aurait pu le croire \u00e0 nos r\u00e9unions. J\u2019aimerais vous dire que parmi nous, il y a une dizaine de personnes qui viennent d\u2019Ha\u00efti, de Panama, de Tunisie, donc il y a bien des autochtones parmi nous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Finalement, ce qui est autochtone est simplement ce qui n\u2019est pas l\u2019homme Blanc.<\/p>\n<p>\u00c0 quelques m\u00e8tres du centre communautaire, pendant que le groupe boit de la sagesse indienne, Clode, Jacques, Najat, H\u00e9l\u00e8ne, Mathieu et Patrick travaillent, au jour le jour, n\u00e9gocient, apprivoisent, font des erreurs, remuent la vase de la r\u00e9alit\u00e9, d\u00e9broussaillent le terrain o\u00f9 les autochtones devront se r\u00e9inventer un chemin nouveau, enracin\u00e9 et contemporain.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn1\">[i]<\/a> Minist\u00e8re des Affaires Autochtones et du D\u00e9veloppement du Nord, 2011\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.aadnc-aandc.gc.ca\/fra\/1100100013791\/1100100013795\">http:\/\/www.aadnc-aandc.gc.ca\/fra\/1100100013791\/1100100013795<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn2\">[ii]<\/a> <em>Loi sur les indiens<\/em> (1876, 1985)\u00a0: <a href=\"http:\/\/laws-lois.justice.gc.ca\/fra\/lois\/i-5\/\">http:\/\/laws-lois.justice.gc.ca\/fra\/lois\/i-5\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn3\">[iii]<\/a> \u2018\u2019The Indian Act\u00a0: historical overview\u2019\u2019, Jay Makarenko, 2008\u00a0: <a href=\"http:\/\/mapleleafweb.com\/features\/the-indian-act-historical-overview#aboriginal\">http:\/\/mapleleafweb.com\/features\/the-indian-act-historical-overview#aboriginal<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn4\">[iv]<\/a> \u00ab\u00a0Pr\u00e9valence de l\u2019ob\u00e9sit\u00e9 au sein des populations autochtones\u00a0\u00bb, Agence de Sant\u00e9 Publique du Canada, 2006. <a href=\"http:\/\/www.phac-aspc.gc.ca\/hp-ps\/hl-mvs\/oic-oac\/abo-aut-fra.php\">http:\/\/www.phac-aspc.gc.ca\/hp-ps\/hl-mvs\/oic-oac\/abo-aut-fra.php<\/a><\/p>\n<p>\u2018\u2019Cancer chez les autochtones du Qu\u00e9bec vivant dans les r\u00e9serves et les villages nordiques, de 1984 \u00e0 2004,\u2019\u2019 rapport de l\u2019INSPQ, Institut National de Sant\u00e9 Publique du Qu\u00e9bec, p.35 <a href=\"https:\/\/www.inspq.qc.ca\/pdf\/publications\/736_CancerAutochtones.pdf\">https:\/\/www.inspq.qc.ca\/pdf\/publications\/736_CancerAutochtones.pdf<\/a><\/p>\n<p>\u2018\u2019Nutrition et consommation alimentaire chez les Inuits du Nunavik\u2019\u2019, enqu\u00eate de l\u2019INSPQ, 2004\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.inspq.qc.ca\/pdf\/publications\/resumes_nunavik\/francais\/esi_nutrition.pdf\">https:\/\/www.inspq.qc.ca\/pdf\/publications\/resumes_nunavik\/francais\/esi_nutrition.pdf<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn5\">[v]<\/a> Conclusion Commission V\u00e9rit\u00e9 et R\u00e9conciliation, <em>Les principes de la v\u00e9rit\u00e9 et de la r\u00e9conciliation, <\/em>juin 2015, p.11 <a href=\"http:\/\/www.trc.ca\/websites\/trcinstitution\/File\/2015\/Findings\/Principes%20de%20la%20verite%20et%20de%20la%20reconciliation.pdf\">http:\/\/www.trc.ca\/websites\/trcinstitution\/File\/2015\/Findings\/Principes%20de%20la%20verite%20et%20de%20la%20reconciliation.pdf<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn6\">[vi]<\/a> \u00ab\u00a0La transformation des contextes traditionnels d\u2019usage, d\u2019une part, et la transformation violente de la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019autre part, sont des facteurs qui ont ind\u00e9niablement jou\u00e9 un r\u00f4le dans la relation que les Am\u00e9rindiens de l\u2019\u00e9poque post-colombienne ont d\u00e9velopp\u00e9e avec l\u2019alcool.\u00a0\u00bb, Marc Perreault, \u2018\u2019Alcool et Am\u00e9rindiens\u00a0: au-del\u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes, <em>Drogues, sant\u00e9 et soci\u00e9t\u00e9, <\/em>4, 1, 2005, p.5-13<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn7\">[vii]<\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/www.desforetsetdesgens.com\">desforetsetdesgens.com<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn8\">[viii]<\/a> Marie-Pierre Bousquet, \u00ab\u00a0De la pens\u00e9e holistique \u00e0 L\u2019<em>Indian Time<\/em>\u00a0: dix st\u00e9r\u00e9otypes \u00e0 \u00e9viter sur les Am\u00e9rindiens\u00a0\u00bb, <em>Nouvelles pratiques sociales<\/em>, 24, 2, dir. Denyse C\u00f4t\u00e9, Isabelle C\u00f4t\u00e9 et Sylvie L\u00e9vesque, printemps 2012, p.204-226 <a href=\"http:\/\/www.erudit.org\/revue\/nps\/2012\/v24\/n2\/1016356ar.html?vue=resume\">http:\/\/www.erudit.org\/revue\/nps\/2012\/v24\/n2\/1016356ar.html?vue=resume<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn9\">[ix]<\/a> Leavitt, Peter A. (2015)\u00a0\u00ab\u00a0\u2018Frozen in Time\u2019: The Impact of Native American Media Representations on Identity and Self-Understanding\u201d, <em>Journal of Social Issues<\/em>, vol.71, no.1, pp.39-53.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1111\/josi.12095\/epdf\">http:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1111\/josi.12095\/epdf<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ednref\" name=\"_edn10\">[x]<\/a> mouvement de protestation autochtone n\u00e9 en d\u00e9cembre 2012 suite \u00e0 la loi omnibus C-45 du gouvernement Harper, qui violait plusieurs trait\u00e9s ancestraux des droits fondamentaux des autochtones<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pris entre l\u2019image du bon sauvage et celle de parasite de la soci\u00e9t\u00e9, les autochtones de l\u2019Am\u00e9rique du Nord doivent se r\u00e9inventer. Gu\u00e9rir leurs blessures, trouver des voies vers l\u2019autonomie, se trouver une identit\u00e9 contemporaine. 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