La complainte des filles de joie et House of the Rising Sun – raconter les autres

Bien que ces vaches de bourgeois

Nous appellent les filles de joie

C’est pas tous les jours qu’on rigole

Un homme blanc franchouyard de quarante ans écrit sur les femmes et pour les femmes. À bonne entendeuse… et à tous ceux qui nous font croire qu’il faut avoir vécu quelque chose pour bien en parler… petite leçon du grand Georges. Ou bien jetons Les Misérables Germinal et à peu près toute notre littérature.

En 1961, la chanson sort et Brassens dit « Elles ». En 1969, Barbara la reprend et le « Elles » devient « Nous ». Sur l’album   « D’une rive à l’autre » j’ai créé un chœur – comme des passants qui reprendraient ce que racontent les prostituées. Et comme en réponse, la chanson House of the Rising Sun la suit. Un vieux folk qui raconte l’histoire perdu dans la tradition américaine et portée par le groupe britannique The Animals – que des hommes, puis reprise par Woody Guthrie et son fils spirituel Bob Dylan. En France, elle devient « Le pénitencier », et l’histoire change pour raconter une autre prison que celle de la prostitution.

La complainte des filles de joie est une chanson « engagée » comme on le dit de tous ceux qui parlent d’autre chose que du petit bocal de leurs tourments intérieurs. C’est une chanson sur les autres et pour les autres, pour rétablir un bout de monde qui va de travers. Et si je n’ai pas la berlue, il y a encore aujourd’hui bien assez de choses qui ne vont pas pour que ceux qui maîtrisent cet art des mots et de la musique s’en saisissent. Mais il suffit d’allumer une radio et de regarder les discographies qui sortent, et de faire un topo des sujets abordés pour se prendre la tête entre les mains.

Le rap et le slam sont peut-être les seuls genres où on retrouve cette volonté de parler de ce qui nous entoure. Avec le plus souvent pour décor ce qu’on appelle les quartiers. C’est tant mieux, mais où sont les chansons qui parlent des autres oubliés de notre système ? Qui parlera des paysans écrasés sous les dettes, les petits commerçants menacés par la vente en ligne et les grandes enseignes, de la solitude de nos anciens ?

J’ai échangé avec beaucoup de gens qui écrivent ou composent, et décrivaient cette activité comme une thérapie, un endroit où « se vider ». J’ai entendu des gens confondre l’authenticité et la sincérité. Comme s’il fallait à tout prix parler de ce qu’on vit pour faire une œuvre puissante. Dans ce cas on peut jeter plus de la moitié de notre littérature et de nos chansons. Je n’écris pas pour me faire du bien. Et si c’était le cas, je laisserais ces textes dans mes tiroirs. J’écris pour qu’à travers moi passe quelque chose qui dit le monde, ses joies, ses souffrances, ses injustices et ses espérances. Ce que je demande, ce n’est pas qu’on cesse de parler de nos histoire de cœur, c’est simplement qu’on retrouve un équilibre et une diversité qui existait au temps de Brassens et que nous avons perdue.

Parce que Brassens comme d’autres ne pouvaient pas  passer en se disant c’est triste et en rentrant chez soi écrire sur soi. Écrire sur les autres, c’est tout simplement comprendre que nous faisons partie de quelque chose de plus grand, et que ce qui nous traverse est un morceau de ce qui fait l’humanité, et que les artistes sont là pour exprimer.

Cette chanson est dans l’album « D’une rive à l’autre » de Sarah Roubato, disponible sur iTunes Spotify et ici 

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