Saïd : être champion de sa vie

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Une salle de boxe à Aubervilliers, dans une rue où les nouvelles constructions entourent de vieux pavillons. Au-dessus du ring, une salle de soutien scolaire. Comme un cocon dans les arbres. Ici, le soutien, l’effort, le dépassement de soi ne s’arrêtent pas aux cordes du ring. À Boxing Beat, le sport est un modèle d’éducation et une éthique de vie. Un club créé par Saïd, champion de France de boxe.

Appréhender autrement son métier

Quand Saïd parle de boxe, il nous emmène loin des clichés. Pour lui, la boxe c’est l’art de ne pas prendre des coups. D’esquiver, de tromper l’adversaire, de ruser, de jouer au chat et à la souris. Toucher le fond, se relever, anticiper, évaluer, bluffer, dévier, attendre.

On m’a toujours dit que je manquais d’agressivité. Moi j’ai toujours pensé que si j’étais assez malin, je n’avais pas besoin d’être agressif.

Malgré son record de titres détenu par les femmes, Boxing Beat n’est pas une usine à fabriquer des champions. Le combat que Saïd mène se déroule dans un round plus long, avec comme seul arbitre, la vie.

Pour moi c’était impossible de créer un club de boxe juste pour faire des champions. Champion ce n’est pas une fin en soi. Tu peux te construire à travers la boxe par l’abnégation, le dépassement de soi, mais ce qui m’intéresse c’est de fabriquer des hommes et des femmes qui soient indépendants. Et la première chose pour y arriver c’est de savoir lire, écrire et compter. Si par la boxe je peux aider des jeunes à faire des formation, à les recadrer, à les remettre sur piste, pas besoin de champion du monde.

Donner sa chance

Sur les murs de la salle, les portraits des grands champions de la boxe, peints par un jeune à qui Saïd a lancé ce défi, en le voyant dessiner sur un cahier. Saïd fait partie de ces coachs capables de déceler, à travers la discipline qu’il enseigne, les potentiels des jeunes. Il leur tend la main sans les prendre par la main. Il les met face à leurs responsabilités, et s’intéresse plus à la personne qu’à l’athlète. Il permet aux jeunes d’aller au-delà de ce qu’ils croyaient être capables de faire.

Transmettre autrement

En faisant venir les classes entières avec les professeurs, Saïd a modifié les rapports des élèves en classe, entre les timides et les moins timides, et entre filles et garçons. Aller au bout d’un objectif, savoir jauger ses limites, être à l’écoute de soi et de l’autre, accepter l’échec des mauvais jours, se recentrer, résister. Trouver l’équilibre entre l’humilité et la confiance en soi. Travailler sa stabilité, son rythme, la précision, la juste distance. Gérer sa colère et canaliser son stress. Contrôler son énergie, se concentrer. Savoir lire l’autre et le respecter. Voilà tout ce qu’un sport peut apporter. Des compétences essentielles dans la vie.

Pourtant dans nos sociétés où le corps est secondaire, le sport, comme les arts, est limité à un loisir. Saïd se bat aussi pour une autre forme d’éducation, où l’enfant est stimulé, où les forces et l’énergie nécessaires à l’apprentissage sont intégrées dans le processus.

Pour arriver à ce résultat, Saïd a dû se battre contre les archaïsmes d’une pensée qui catégorise les gens selon leur âge, leur sexe ou leur milieu social. À l’époque où Saïd voulait enseigner la boxe aux enfants, la Fédération ne voulait pas en entendre parler. Il lui a fallu trouver une structure qui lui ferait confiance. Ce fut la ville d’Aubervilliers, qui depuis vingt-six ans, soutient son projet devenu un modèle en France.

Boxer au féminin

Saïd s’est aussi battu contre les préjugés envers les femmes, en donnant sa chance à Sarah Ourahmoune, qui à quinze ans, pousse la porte de son club en cherchant un cours de taikwando. Saïd lui propose d’essayer la boxe. À cette époque, la boxe féminine n’est pas reconnue par la profession et n’est pas acceptée aux JO. Sarah Ourahmoune deviendra huit fois championne de France, trois fois championne d’Europe, championne du monde, médaillée olympique. Parallèlement à sa carrière d’athlète, elle fait Science Po.

Ce jour où Saïd a permis à Sarah d’enfiler des gants à Boxing Beats marque la naissance d’une championne, de la boxe féminine professionnelle en France et le premier coup de pioche que d’autres suivront. Sarah développe aussi des projets pour sortir les jeunes de leur isolement, pour les travailleurs en entreprise et pour les enfants handicapés mentaux. C’est le lègue de Saïd : sortir les gens de leur condition avec deux gants de cuir.

Saïd pousse tout le monde à sortir de sa zone de confort : les jeunes, les enseignants, les mairies. Ne pas se contenter de ce qui nous est donné. Il nous montre qu’il n’y a pas de domaine réservé. Que n’importe quelle discipline peut être mise à la portée de tout le monde. Les gens comme Saïd détiennent la clé d’un changement d’éducation, et donc de société. Il suffit d’avoir le courage de monter sur le ring, et de mettre nos peurs au défi.

« Un ring c’est quatre coins et des cordes. Tu ne peux pas t’échapper. Tu prends des coups dans ta gueule. Après ça, tu as peur de quoi dans la vie ? »

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