C’est la saison à laquelle s’identifient toutes les âmes généreuses et tourmentées. Figée par les Romantiques dans l’image de la saison de la mort, c’est en fait une saison de la renaissance, qui sort le vivant de la torpeur de l’été. Les champignons sortent, les noix, noisettes et châtaignes nous offrent le goût de la terre. La nuit reprend ses droits, car le jour lui laisse sa juste part. Enfin, les ciels chargés se remettent à parler, et les ruisseaux à chanter. Les arbres jouent leur magnifique symphonie de couleurs. Les vents font pleuvoir les feuilles, et même parfois, pleuvoir à l’envers une pluie dorée qui venait se déposer sur l’eau, sur une pierre ou dans nos jardins qu’on s’empresse de les ratisser pour que ça fasse « propre ». Le soleil est délicieux, parce qu’il a renoncé à nous écraser.
Septembre 2023, mois de septembre le plus chaud jamais enregistré au niveau mondial. Plus de 30 degrés en France un peu partout depuis un mois. Il cogne, toujours. Les pommiers refleurissent, les oeillets s’offrent un deuxième printemps. Les érables ne rougissent pas. Les feuilles tombent vertes ou brunes.
Saison intermédiaire, saison des équilibres, saison de la modération, où le froid est frais et le chaud est doux, l’automne n’a sans doute plus sa place dans notre monde du règne des extrêmes. Plus de place non plus pour la saison de la diversité, qui accueille toutes les autres saisons, quand sur certains sommets c’est déjà l’hiver, en plaine c’est encore une douceur estivale. En forêt et sur les bords des routes, c’est le chant d’automne des arbres et à leur pied, le printemps des colchiques et des bruyères.
Bientôt il n’y aura plus que la saison des pluies et la saison sèche, les je like / je like pas, pouce en haut/pouce en bas, pour ou contre, les gagnants et les perdants, les reçus et les refusés, nous et les autres. Et nos petits-enfants nous demanderont avec de grands yeux émerveillés : « Mamie, Papi, raconte-moi l’automne ! »

English
Español