Stylo rouge, stylo vert : encourager ou critiquer ?

Il y aurait d’un côté la pédagogie de la peur et de la punition, de l’autre la pédagogie positive de l’encouragement et de la reconnaissance. D’un côté le stylo rouge qui ne relèverait que les fautes, de l’autre le stylo vert qui souligne la réussite et les progrès.  Et tant pis pour toutes les recherches en neuroscience, anthropologie et psychologie qui nous montrent à quel point les choses sont un peu plus subtiles. Les meilleurs amis sont en général ceux qui nous encouragent et nous soutiennent, mais aussi ceux qui savent nous secouer et nous dire quand on débloque. Pourquoi tombe-t-on dans le piège du binaire avec la pédagogie ?

Les enfants ne réagissent pas de la même manière aux critiques ou aux compliments selon son éducation familiale, sa personnalité et ses schémas transgénérationnels. Une critique peut écraser un enfant comme elle peut en motiver un autre. Petite, je cherchais mes fautes sur la copie avec enthousiasme. C’était merveilleux, je pouvais apprendre de mes erreurs ! Parfois je me disais « 𝘊̧𝘢, 𝘫𝘦 𝘯𝘦 𝘱𝘰𝘶𝘷𝘢𝘪𝘴 𝘱𝘢𝘴 𝘭𝘦 𝘴𝘢𝘷𝘰𝘪𝘳 » et parfois « 𝘔𝘪𝘯𝘤𝘦 ! 𝘘𝘶𝘦𝘭𝘭𝘦 𝘦́𝘵𝘰𝘶𝘳𝘥𝘪𝘦 ! 𝘑𝘦 𝘧𝘦𝘳𝘢𝘪 𝘱𝘭𝘶𝘴 𝘢𝘵𝘵𝘦𝘯𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘭𝘢 𝘱𝘳𝘰𝘤𝘩𝘢𝘪𝘯𝘦 𝘧𝘰𝘪𝘴. » La faute soulignée en rouge devenait un phare qui m’éclairait.

J’ai donc rejoint très vite l’artisan qui veut comprendre pourquoi à cet endroit le bois s’est fendu quand il a donné un coup mal placé, le circassien qui cherche à savoir pourquoi il a lâché sa partenaire, le comédien qui cherche pourquoi dans cette scène, son jeu n’était pas crédible. Tout ça, c’est du stylo rouge, pointé non pas avec condescendance et condamnation, mais dans un esprit de coopération et d’accompagnement. Cette critique est une forme d’encouragement et un partenariat de confiance. Confiance qu’on a envers la personne qui formule la critique parce qu’elle a de l’expérience et un regard distancé, et qu’on sait qu’on peut apprendre d’elle. Confiance de cette personne en notre capacité à faire mieux grâce à sa critique.

La capacité à se remettre en question est une faculté fondamentale à développer, pour vivre en société. La pédagogie du bravo peut fabriquer des enfants incapables d’accueillir la mise en question, et incapables de gérer la frustration. Dans leur vie affective, professionnelle et sociale, cela peut être très dangereux. Le danger n’est pas de frustrer l’enfant, mais de ne pas lui apprendre à gérer la frustration et à la transformer en quelque chose de positif.

L’indispensable écoute des besoins de l’enfant ne devrait pas devenir un outil de satisfaction de leur désir de consommateur qui ne supporte pas que son désir ne soit pas satisfait. Il y a une différence entre imposer à l’enfant des activités qu’il n’aime pas, et suivre son désir changeant quand il veut faire comme les copains ; entre être à son écoute et être à sa merci ; entre lui inculquer l’envie de faire mieux par la compréhension de ses erreurs, et la critique permanente qui lui fait croire qu’il n’est bon à rien.

Bien sûr, il faut élargir l’éventail des méthodes pédagogiques, pour pouvoir être plus efficaces face à la diversité des enfants. Mais éradiquer la critique et la reconnaissance des erreurs n’aidera pas l’enfant, tout comme ne jamais l’encourager et ne souligner que ce qu’il fait mal en l’écrasant. Oui, il est possible de souligner les fautes avec bienveillance, et développer une critique qui encourage. Pour fabriquer un adulte qui ne cherchera pas la validation permanente, mais qui saura accueillir la mise en question comme une aide et même, une preuve d’amour.