On appelait ça une famille

J’ai vu de près des musiciens travailler ensemble, être colocs amis ou compagnons. J’en ai vu partir en tournée ou en vacances ensemble, traîner leurs fins de soirées au bar d’un lieu où ils viennent jouer chaque se semaine, se retrouver dans le seul restaurant ouvert pour un repas de nuit.

Pourtant, à l’heure des confidences, chacun avoue être seul. Ses chansons, ses projets, il devra toujours les porter lui-même. Les autres seront là pour jouer une grille d’accords, ajouter de la percu, et rentreront chez eux.




Lorsque j’entends comment des chansons de Bécaud ou de Legrand naissaient, comment Reggiani amenait une idée à des compositeurs, d’une prise de tête, d’une blague insistante, d’une expérience partagée, je me dis que nous avons perdu quelque chose.

C’était le temps où interprètes et compositeurs, comédiens et réalisateurs se fréquentaient en dehors des plateaux et des scènes. Parce que leur travail émergeait avant tout d’une manière de vivre, de penser, de déconner. C’était le temps sans télé où dans les cabagrets et les boîtes à chanson, se nouaient les complicités, où se forgeaient les caractères, où les talents avaient le temps de mûrir. Les uns payaient les ardoises des autres, les petits nouveaux squattaient chez ceux qui étaient établis. Ils ne se rencontraient pas parce qu’ils avaient un projet, mais parce qu’ils partageaient un même état de vivre.

C’est sans doute ça qu’on appellerait une famille. Eux ne devaient pas l’appeler ainsi. Ça devait être une évidence : On se retrouve ce soir ! Mets ça sur mon compte ! T’as entendu la dernière de Barbara ?

Aujourd’hui l’artiste est seul devant son ordinateur. Bien peu d’artistes viennent écouter les autres. Dans les festivals, on se croise, et bien souvent chacun repart bien vite après son spectacle. Quand on fait la première partie d’un artiste connu on peut s’estimer heureux de le croiser cinq minutes dans les loges. Et on ne sera rien de plus précis dans sa mémoire que les visages de ces inconnus qui l’attendent pour un autographe à la sortie.

Bien sûr il y a encore des gens qui savent prendre le temps d’une rencontre. Qui ne cherchent rien mais se contentent d’une ballade, d’un petit déjeuner dans le bars du coin, d’une promenade sur la berge. On se dit que c’est le début de quelque chose. Et bien vite ils disparaissent et les messages restent sans réponse.

Il reste toutefois une sorte d’artistes pour qui cet esprit de famille est encore une réalité : les artistes de fanfares et de cirques. Peut-être y a-t-il quelque chose dans ces arts qui engagent le corps, ces arts de la rue et des airs, du danger aussi, qui leur donne cette espèce de clarté qui émane de ceux qui ont trouvé une place au sein de leurs semblables. Et que je continue à chercher.

Sarah Roubato a publié :

 Partout en France et ailleurs, ils sont sur le point d’avoir trente ans. Une foule d’anonymes qui cherchent à habiter le monde ou à le fuir, à dessiner leurs rêves ou à s’en détourner. Au cœur du tumulte, ils s’interrogent, se font violence et ce sont leurs voix que l’on entend se déployer 

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Une jeune femme écrit à un adolescent et lui propose d’envisager son avenir avec un autre regard que celui qu’on lui a appris, pour faire face à un monde qui change et qu’il va devoir réinventer. Une lettre qui résonne à tout âge pour ceux qui ont eu envie de quitter les chemins tout tracés et à qui on a dit que c’était impossible.

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Un recueil de lettres adressées à toutes celles et ceux, même s’ils ne peuvent pas répondre, qui peuplent la solitude d’une jeune femme éprise de la beauté du monde. Comment la dire, comment la préserver, comment y participer, alors que des forces contraires – l’hyperconsommation, les renoncements politiques, l’ambivalence du progrès technologique – nous isolent toujours plus les uns des autres ?

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