Suivre la règle : sage ou mouton ?

Dans certains pays, le non-respect de la règle fait de vous un résistant, un indépendant, un esprit libre… quelqu’un de cool. Dans d’autres, elle est le signe évident d’immaturité et d’égoïsme. Respecter la règle commune, c’est parfois permettre à chaque individu d’avoir accès à ce que nous voulons. Ici, se tenir derrière la ligne en attendant son bagage à l’aéroport permet à tous les autres passagers de voir leur bagage arriver, plutôt que de s’agglutiner, d’empêcher les autres de voir, et d’être soi-même bloqué par celui qui a décidé de faire la même chose.

Le respect de la règle commune est un marqueur culturel qu’on remarque tout de suite en changeant de pays. Un excès de non-respect pour satisfaire nos besoins égoïstes du moment entraîne une agressivité ambiante qui, au quotidien, nous épuise. L’espace public devient une arène où chacun combat pour soi au détriment des autres. Dans les pays où la règle est respectée, les espaces publics et partagés sont très reposants : on ne se bouscule pas, on ne se pousse pas, on attend que les autres sortent avant de rentrer dans un wagon, on retire son sac à dos pour ne pas gêner les autres. Mais souvent dans ces mêmes pays, l’excès de la règle respectée qui nie le bon sens entraîne une déshumanisation, car on se retrouve face à des humains qui parlent comme des machines et ne peuvent plus se connecter à l’expérience de l’autre.

Quand la règle commune est au service du bien commun, ne pas la suivre est un signe d’immaturité et d’égoïsme qui ne fait qu’exacerber la violence et notre épuisement. Mais quand la règle commune est absurde pour le bien commun, la challenger est un signe de maturité et d’indépendance. La remettre en question fait appel à notre humanité partagée qu’aucune règle ne peut abroger. À nous d’adopter un rapport réfléchi à la règle. La respecter, sans la suivre aveuglément. On y gagnera.