Lettre à l’Europe 4

Europe,

Tu sais, je te dis tu, mais je pourrais te dire vous. Ceux qui ont voulu faire de toi un espace de pur échange économique ont eu peur de tes multiples cultures. Ils ont fait des billets de banque sans aucune référence nationale. Porutant Mozart, Goethe, Hugo, Tchaikovsky, Chopin, Churchill, Einstein, Da Vinci appartiennent à tous les Européens.

Ce n’est pas parce que je m’adresse à l’Europe que j’ignore la force de l’identité de chacun de tes enfants – ou plutôt de tes parents. Au contraire. Ici au Canada, être canadien ne signifie pas grand-chose pour les gens. C’est être nord-américain sans être états-unien, c’est être québécois sans avoir un pays.

Dans les livres d’histoire, être Européen c’est être sujet d’un empire, c’est participer aux grandes découvertes des siècles derniers. Ça n’est pas à cette Europe des idées et des guerres que je parle, à cette civilisation qui est peut-être déjà morte. C’est à toi, fille de chair et de pierre, de rues tordues, de petits villages escarpés, de clochers d’églises, de quais de gare avec trois personnes qui attendent, de campagnes où en une journée de marche on peut passer devant un marécage, une forêt, un champ, un village, une petite ville. Tu es cette expérience très physique qui résiste aux mots et que seuls mes sens, agressés dans les villes nord américaines ou perdus dans l’immensité de sa nature, me rappellent. Chez toi l’infini se cache dans le petit.

signature Sarah NB

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