Politique

Ce texte a été écrit par une femme extraordinaire, une combattante qui cherche la paix, Martine Nourry. Une de ces femmes qui sauveront ce combat car elles n’en font pas une arène qui reproduit les schémas dominants, qui s’écarte des postures faciles et de la paresse de la pensée. Pour nous rappeler que ce combat est aussi celui de ces hommes et pour ces hommes. Je publie ici son texte en écho au texte précédent que j’ai écrit pour la journée des droits des femmes : « Aujourd’hui 8 mars, moi qui suis une femme, j’écris pour les hommes.« 

La guerre est déclarée dis-tu ? Mais non voyons, où vois-tu de la haine ? Où vois-tu que nous sommes ennemis ? Parce que tu es homme et que je suis née femme !?! Nos seules différences de sexe justifient-elles qu’on soit en conflit toi et moiOk. Je vois.C’est parce que j’éprouve le besoin de revendiquer ma féminitude que tu te sens rejeté voire accusé parce que tu es homme ! Être une passionaria de la révolte, des luttes féministes, de la dénonciation du patriarcat ambiant et des violences faites aux femmes… n’enlève en rien le fait que je t’aime. Toi. En tant qu’homme.

Tu sembles étonné que je puisse t’aimer ? Malgré tout. Malgré tout ce que tes congénères m’ont fait endurer ? Par leurs moqueries, leur non patience, leur non respect, leur violence ? Tu me demandes pardon pour eux mais tu n’as rien à te faire pardonner. Parce que tu es homme tu voudrais porter la croix de tous ces malheurs que des hommes ont fait et font encore subir aux femmes ? Non. Ça ne marche pas comme cela. C’est comme si ma partie blanche devait demander pardon à ma moitié noire pour ce que nos ancêtres ont subi ? Comme si j’endossais à la naissance la culpabilité de la mort du fils de Dieu ! Non. Rassure-toi. Si j’en ai le pouvoir, je te libère de ce poids-là. Tu n’es pas coupable. Ta seule responsabilité est d’agir de manière à ne pas reproduire ces inégalités entre toi et moi, à éduquer tes fils en ce sens, à te soulever quand tu seras témoin de violences contre les femmes. Pour casser le cycle. Pour être un homme différent de ceux qui sont coupables. Pour montrer un autre chemin à tous ces gosses sans (re)père qui deviennent un homme comme dans les films. Un homme fort, qui joue des poings quand il le faut, qui possède sa femme et qui cache ses sentiments…

Quoi ? Qu’est-ce que j’ai encore dit ? Ah ! Tu dis que je cherche à te castrer quand je t’encourage à exprimer tes émotions, ta sensibilité voire tes fragilités. J’y vois juste une belle occasion de te remercier pour toutes ces fois où tu as pris la peine de me prendre dans tes bras, de me dire un mot de réconfort quand tu sentais que j’en avais besoin. Te prendre dans mes bras, accueillir tes larmes, te réconforter est pour moi tout à fait normal puisque les besoins n’ont pas de sexe. Face à la peur, à la colère, à la joie ou à la tristesse, toi comme moi avons les mêmes besoins non ? Et si à ce moment-là je suis présente pour toi, est-ce que ça fait de toi un homme qui vaut moins qu’un autre ? est-ce que ça touche à ta virilité ? non je ne le crois pas. Ce n’est pas comme cela que je le vois. Je vois juste cette possibilité pour toi de cheminer vers un être plus complet qui trouve un équilibre entre sensibilité et virilité.

Ah la virilité ! Parlons-en de cette virilité qui pour toi est intimement liée à la sexualité. Prôner la libération sexuelle ce n’est pas imaginer notre intimité comme l’éternelle rencontre de Rococi Freddy et de Clara Morgan. Ce n’est pas non plus explorer tous les soirs 50 nuances de nous. C’est accepter de reprendre le contrôle de ma sexualité. C’est accepter que parfois je peux avoir envie d’une nuit torride et parfois juste de tendresse et de sensualité. Et ce que je revendique pour moi, je te le reconnais à toi. Cette possibilité d’être un amant vigoureux aujourd’hui et demain un amant tendre, platonique avec la maladresse d’un adolescent. Et cela n’est possible que parce que toi et moi nous consentons. Parce que toi et moi nous nous respectons.

Je respecte la puissance en toi comme j’accueille ta sensibilité. Je loue la féminité sacré comme le masculin sacré. Sur un même pied d’égalité. En fait c’est cela. J’ai compris. Tu trouves que c’est difficile de te positionner quand je m’adapte et ne t’impose rien. Tu penses qu’il aurait été plus facile d’entrer dans le conflit plutôt que de lever ensemble les désaccords ? Tu trouves qu’il est difficile pour toi de tenir tête à tes potes quand ils te disent qu’avec une femme comme moi, tu dois avoir perdu tes couilles ? Tu estimes compliqué quand je te parle de toi et pas des hommes dans leur généralité ? Dans une société où on nous apprend que c’est noir contre blanc, lumière contre obscurité, tu préfèrerais pouvoir choisir un camp plutôt que de construire avec moi des compromis ? Tu me demandes de choisir un camp… c’est impossible. Parce que quand je lutte pour et avec mes sœurs, mères, filles je ne lutte pas contre mes fils, frères ou pères. Quand je me bats pour être respectée je ne demande pas que tu sois émasculé… Mais ok, si tu y tiens vraiment, je vais choisir un camp. Aujourd’hui et pour longtemps, je choisis le camp de la vie, le camp de l’amour, le camp de l’unité. Le comprends-tu maintenant que ce n’est pas une déclaration de guerre ? Pas plus qu’une déclaration d’amour. Ce que je t’offre aujourd’hui est une proposition de paix.

Mon combat pour l’égalité, le respect et la dignité c’est aussi un combat pour que tu puisses te respecter dans ton entièreté. Je ne te demande pas d’être ce que tu n’es pas, je te donne juste l’opportunité de reconnaître ce que tu n’oses pas être. Je ne te demande pas d’être parfait je te donne l’opportunité d’être complet.

Martine Nourry

 

Politique

Aujourd’hui, c’est le 8 mars. Une de ces journées qu’on invente pour tout ce qui est en danger, menacé, fragile. Aujourd’hui, paraît-il, c’est la journée de la femme, des femmes… des droits des femmes. Et bien aujourd’hui, moi qui suis une femme, j’ai envie d’écrire pour les hommes. Parce que j’ai peur que les hommes soient en danger. Et donc que nous le soyons aussi.

Je suis une femme. Je connais les prédateurs, les manipulateurs, les méprisants, les lourdauds, les criminels.  Ceux qui abîment les femmes parce qu’elles sont femmes. Qui en ont fait les objets de leurs pulsions, les tapis où ils essuient leurs frustrations, les territoires où ils exercent leur pouvoir. Mais je ne veux pas offrir à ces hommes-là le monopole. Je ne veux pas qu’ils confisquent aux hommes ce que c’est qu’être un homme. Et je ne laisserai pas certaines femmes, aussi idéologues que ceux qu’elles prétendent combattre, faire des hommes une entité associée à la pourriture qui serait notre ennemi absolu. Ce qui est à combattre, c’est un système patriarcal dont nous sommes tous et toutes les héritiers et les reproducteurs, par adhésion, par soumission ou par indifférence. C’est un long combat, mais ce n’est pas un combat contre les hommes, ni contre les hommes blancs plus que d’autres, ni contre les hommes riches plus que d’autres. Le mépris et la violence envers les femmes existent chez les hommes non blancs et pauvres aussi. Les femmes qui sont obsédées par leur apparence, par leurs kilos en trop, par leurs poils à éradiquer, reproduisent tout autant  le système qui les asservit.

Autant je me battrai de toutes mes forces pour me faire respecter, pas seulement en tant que femme, mais en tant qu’individu à la peau noire ou foncée, au corps qui ne correspond pas aux canons de beauté ni aux rayons des magasins, en tant que personnalité trop entière, trop intense, trop exigeante, trop présente, en tant que personne aux multiples appartenances qui ne rentre pas dans les cases préparées par la société, en tant qu’artiste aussi, et pas « femme-artiste ». Autant je me battrai de tout mon être pour qu’on n’écrase pas tous ces hommes. Amoureux ou séducteurs, rencontres d’un soir ou d’une vie. Ceux qui savent incarner leurs sentiments et ceux qui ne savent pas, ceux qui pensent bien faire et qui font mal, ceux qui ne savent pas comment faire, qui ont peur et qui fuient, et ceux qui, peut-être, ne savent plus où se mettre, s’ils ont encore le droit de dire à une femme qu’elle est belle, s’ils doivent verbaliser chacun de leur geste pour demander l’autorisation, s’ils doivent féminiser chaque mot. Je veux ces hommes auprès de moi, même maladroits, même gauches. J’ai besoin de ces hommes pour m’aimer. Pour accueillir ma puissance comme j’accueillerai leur fragilité.

Je ne veux pas que quiconque, homme ou femme, m’approche en prétendant savoir ce que je suis parce que je suis une femme. Car je ne suis pas que femme. Je suis femme et bien autre chose. Alors, moi non plus, je ne les approcherai pas en me disant  « Les hommes sont » ceci ou cela, ou « Nous sommes entre femmes donc on se comprend mieux ». Mes affinités vont bien au-delà de mon sexe. Je veux pouvoir être amie avec les hommes, les approcher en bon camarade, sans me freiner sous prétexte que je suis une femme. Pouvoir me dire : « Il ressemble à mon frère. Celui que je n’ai jamais eu ».

Je ne serai pas solidaire de toutes les femmes parce qu’elles sont femmes. Je serai solidaire de toutes les victimes de l’injustice de la violence et des mensonges, mais leur souffrance ne justifiera jamais à mes yeux les raccourcis, le mépris et le renvoi de la violence. Les combats d’aujourd’hui se font dans les oppositions binaires et confortables du puissant contre le faible, du riche contre le pauvre, du gentil contre le méchant, des minorités contre le « Blanc », de la femme contre l’homme. Ce combat-là se fera sans moi. J’ai assez connu la complexité du réel, des situations et des humains, pour savoir que ces schémas binaires ne sont que des postures qui nous soulagent, qui font beaucoup de bruit, mais ne résolvent rien. J’ai connu des riches merveilleux et des pauvres cons, des Blancs ouverts et des non Blancs racistes, des hommes respectueux et des femmes méprisantes. 

Oui et mille fois oui, les victimes de viols et d’agressions sexuelles ont besoin d’être entendues. La force de leur cri fait écho à la violence qu’elles ont subie. Mais ce besoin de parler ne sera qu’un nouveau geste de violence, s’il est vomi sur une entité qu’on fabrique pour mieux la piétiner, au lieu de le déposer, pour dire et réparer. Je me battrai avec ces hommes et ces femmes qui accueillent cette complexité et se battent pour servir un même idéal de justice et de vérité. 

Être une femme ne sera pas mon étendard. Ce sera simplement l’une de mes vérités. Ni plus, ni moins que les autres. Je ne la brandirai pas contre les hommes, mais avec eux. Car en disant voici la femme que je suis, je les autoriserai à devenir ces hommes que nous espérons. 

 

 

 

Sarah Roubato a publié :

Chroniques de terrasse

À différentes terrasses d’une ville, un narrateur anonyme observe du matin à la nuit le flot des passants et les scènes qui se jouent. Depuis son petit coin de trottoir, il est le témoin d’une société et d’une époque que racontent des personnages qui ne durent que le temps d’un verre.

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30 ans dans une heure

Partout en France et ailleurs, ils sont sur le point d’avoir trente ans. Une foule d’anonymes qui cherchent à habiter le monde ou à le fuir, à dessiner leurs rêves ou à s’en détourner. Au cœur du tumulte, ils s’interrogent, se font violence et ce sont leurs voix que l’on entend se déployer 

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Lettres à ma génération

Un recueil de lettres adressées à toutes celles et ceux, même s’ils ne peuvent pas répondre, qui peuplent la solitude d’une jeune femme éprise de la beauté du monde. Comment la dire, comment la préserver, comment y participer, alors que des forces contraires – l’hyperconsommation, les renoncements politiques, l’ambivalence du progrès technologique – nous isolent toujours plus les uns des autres ?

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"Des scènes au quotidien"

Elle s’enroulait dans une serviette au moment où je passais. Ses longs cheveux blancs coulaient sur ses épaules maigres. L’envie d’aller lui parler s’est vite rangée derrière la bienséance, et j’ai baissé les yeux en accélérant le pas. Le sentier faisait le tour de sa maison à flanc de montagne. En arrivant de l’autre côté, sa chienne vient à ma rencontre. Elle aussi. Pieds nus. Elle me fait visiter sa maison. Elle est restée tout le temps nue dans sa serviette, sans aucune gêne, comme pour me rassurer sur le fait que je ne violais pas son intimité.

La dernière fois que j’ai vu des cheveux blancs dénoués, c’était dans un hammam au Maroc que j’ai fréquenté chaque semaine pendant des années. Le lieu qui m’a fait découvrir pour la première fois le corps des vieilles femmes, savonnées, frottées et rincées par les jeunes filles. Des corps qui ont travaillé toute leur vie, qui ont enfanté, qui ont peut-être été violentés. Des corps qui ont attendu, qui ont porté, qui se sont courbés, qui ont dansé. Les corps gras qui se répandent et les corps maigres qui se replient. Les seins tombants et les seins saillants. Dans ce lieu embué et bruyant se montrait tout ce que nos sociétés nous apprennent à cacher : la vieillesse, l’usure, le trop plein, le trop maigre, les poils, les bourrelets, les taches, les cicatrices.

Lalla Fadma, rencontrée dans un village du Haut Atlas
Lalla Fadma, rencontrée dans un village du Haut Atlas

Où sont passés les corps de nos grands-mères ? Où est passé ce lien intergénérationnel qui passe des mains expertes des mères qui lavent leurs enfants, aux mains douces des jeunes filles qui shampooinent leurs grand-mères ? Ces corps qui rappellent que la beauté se loge ailleurs que dans l’esthétique.

Cette femme vit sans électricité dans une petite maison accessible par un chemin forestier. Elle cuisine sur un poêle, cultive un petit potager, elle n’a plus de dents et se rend au marché en descendant toute la vallée à pied, puis en faisant du stop. Sur les murs à l’étage où elle dort, des photos de ses voyages. Car pendant vingt-neuf ans, elle a fait le tour du monde sur un voilier. Cette femme vit en France, et n’a rien d’un cliché de carte postale. Parce qu’elle m’a accueillie à moitié nue, sans gêne, elle m’a redonné quelque chose que je croyais ne pouvoir trouver que de l’autre côté de la Méditerranée. La semaine prochaine, je la conduirai au marché.

 

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Quand les petites impressions révèlent les grandes questions… voici quelques scènes récoltées en parcourant une France qui ne se montre ni dans les journaux ni sur les guides touristiques, et qui nous racontent quelque chose sur l’humain auquel nous participons, et celui qu’il nous reste à inventer. 

Sarah Roubato a publié

couv Nage de l'ourse

Trouve le verbe de ta vie ed La Nage de l’Ourse. Cliquez ici pour en savoir plus. Cliquez sur le livre pour le commander chez l’éditeur.

 

 

 

 

 

 

 

livre sarah   Lettres à ma génération ed Michel Lafon. Cliquez ici pour en savoir plus et lire des extraits. Cliquez sur le livre pour le commander chez l’éditeur.

 

 

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